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ABBE DUNATE

Témoignage d'Eloi Traoré - ancien élève de Koulikoro

22 Août 2015 , Rédigé par ABBE DUNATE

Concernant l'Abbé Dunate, j'ai commencé depuis plus d'une année à écrire un livre sur ma vie d'adolesence avec l'Abbé que je et tous mes camarades appelaient mon Père! J'ai moins travaillé sur le bouquin depuis quelque temps parce que j'avais prévu de me rendre chez lui, le rencontrer personnellement d'abord et continuer ensuite le livre...

Dieu en a décidé autrement, j'ai donc repris la rédaction et aimerais vous demander si vous pouviez m'aider pour la publication du bouquin en francais? A savoir un lectorat, une maison d'édition au Pays Basque?

Parce qu'en Allemagne où j'ai étudié et vis, tous les 6 autres que je prépare à publier, plus ma Dissertation, sont tous rédigé en allemand.

Intitulé du livre: Témoin d'Adolescence

Voici un résumé du premier chapitre :

L’Abbé Dunate ou notre Père

C’est difficile de parler de l’Abbé Dunate en quelques mots certes, mais tout le peu que l’on puisse dire, penser de lui, donne du sens à tout ce que l’on a eu à vivre avec lui, à penser avec lui, à méditer avec lui.

1- L’Abbé Dunate, c’est cette rencontre que j’ai faite avec un homme en ce matin de Septembre 1984 à Karangasso, Sikasso / Mali lors du rassemblement annuel des jeunes séminaristes et aspirants du diocèse. Une visite surprise, sous une pluie fine, qu’il nous avait accordée et au cours de laquelle tous les participants étaient frappés par la simplicité de ce personnage : S’habille comme nous, mange comme nous et la même chose et à même le sol. La seconde surprise est survenue lorsqu’il cita par cœur le nom et le prénom, la paroisse de tous les nouveaux rentrants au séminaire pour Octobre de la même année, toute chose qui était loin d’être ordinaire dans la vie d’un adolescent, qui, pour la première fois, entendait son nom épelé parfaitement par un « toubab »

2- L’Abbé Dunate, c’est cette rencontre avec cet homme dans l’enceinte du petit-séminaire de Koulikoro où il avait en charge l’éducation spirituelle, scolaire et culturelle, l’épanouissement personnel et collectif de jeunes adolescents venus de tous les quatre coins du Mali. Il greffa à cet accompagnement spirituel une formation manuelle pour maintenir l’équilibre du corps disponible au Seigneur en tout temps. Cet équilibre de l’esprit, il passait par les vérités qu’il nous enseigna par les Evangiles qui témoignent du monde, par les activités des disciples sur la terre par exemple. Cette terre qui fait de la pêche comme Saint Pierre, qui fait de la menuiserie comme Joseph, du jardinage, de la mécanique, de la soudure, de la construction, de l’élevage, de la médecine…En bref l’ouvrier qui travaille, qui transforme et rend grâce à Dieu de l’avoir fait ce qu’il lui a demandé. En ce qui me concerne particulièrement, cette seconde rencontre me donna, et durant tout le temps que j’ai vécu avec lui, un sentiment de protection. Parce que j’étais le plus petit de tous par mon physique, par l’âge ? Certes oui, il m’a protégé, mais m’a donné surtout l’impression de protéger les tous petits, les plus petits, et cela je l’ai bien compris au fil des temps par d’autres plus jeunes que moi, qu’il accomplissait simplement sa mission des actes de l’Evangile quand Jésus disait « …Laisser les enfants venir à moi… » Matthieu 19:14. L’ouverture sur une nouvelle mission au début fragile comme le pas d’un Enfant, un pas qu’il fallait répéter, protéger, guider. C’est vrai, comme les enfants et Dieu, l’Abbé Dunate nous a ressemblé, nous avons ressemblé à lui, on ne voyait, ne sentait ni couleur, ni pays, ni nationalité encore moins une ethnie, bien vrai qu’il y en a tant au Mali. Nous nous sommes ressemblés et nous étions tous à la ressemblance de Dieu en transformant nos grappes de fruits citronnier en jus et le partager avec toute la population de Koulikoro lors des soirées de sorties de masques. Un geste, au-delà du simple spectacle, rempli d’un sens profond du respect de la culture, associé à un respect de l’environnement. Nous nous ressemblés aussi à chaque fois que des membres de sa famille nous rendaient visite, de sa sœur qui passait toute une journée à recoudre nos vieux habits ou déchirés, à coudre des dizaines et dizaines d’uniformes pour le centenaire de l’Eglise du Mali, de Jean-Pierre, le fils de sa sœur, dont je me rappelle encore, avec qui nous avions joué ensemble au football, ramassé les arachides avec le tracteur.

3- La rencontre avec l’Abbé Dunate, c’est aussi cette vie au séminaire. De l’Eucharistie de chaque matin, en passant par la journée scolaire, les repas ensemble, les activités manuelle, sportive, culturelle jusqu’au traditionnel briefing du soir dans la salle de classe…la liste ne saurait être exhaustive. Chacun de ses thèmes a un volume de dissertation qu’on ne peut finir de présenter. Les excursions par exemple derrière le fleuve ou à l’interieur du pays nous ont permises de visiter le seul jardin zoologique du pays, des usines textiles, pharmaceutiques, de savons et huile, de brasseries, de cigarettes, de barrages hydrauliques, de tours d’aéroport, de réception télégraphiques, de moulins à mil et autres. L’une des plus marquantes fut cette visite faite dans ma propre paroisse de Koutiala en Avril 1985. Importante, parce qu’elle fut, en dehors d’une simple visite, un message, le point de départ pour de nombreuses adolescents à prendre conscience de leur foi, à prendre le chemin du Christ et de devenir plus tard prêtres, sœurs, ou laïcs engagés dans leur communauté respective.

4- La rencontre avec l’Abbé Dunate, c’est aussi cette rencontre avec la population civile, avec les plus démunies, les oubliés, les nécessiteux. Il n’avait lui-même rien, mais ce qu’il a eu ou reçu, il l’a automatiquement remis, transformé comme le Christ qui nourrit les foules de sa main nue. On n’oubliera jamais cette partie de Koulikoro derrière le fleuve où les villageois ont pu recevoir l’eau potable par leur implication individuelle et collective aux travaux, du matériel agricole, les larmes de ces femmes, de ces vieux qui recevaient médicaments, de ce personnel (cuisinier, de dizaines d’ouvriers ou d’enseignants) à l’enceinte du séminaire qui recevaient des vélos, mobylettes et qui pouvaient nourrir leur famille de leur travail, contrairement à beaucoup de leurs voisins. Des larmes de ce chef de village et de son directeur d’école de Tienfala / Koulikoro, qui venaient de recevoir de nouvelles salles de classes pour ses élèves. De ces différents ministres de l’Education nationale qui venaient nous rendre visite une fois par an pendant les cours et qui étaient surtout impressionnés par la qualité des cours de biologie que l’Abbé Dunate lui-même dispensait en classe préparatoire pour le lycée.

5- L’Abbé Dunate, c’est surtout cette autre rencontre en ce petit matin de 1989 à la sortie de la messe, encore un autre matin, au moyen-séminaire de Pie XII à Bamako. Contrairement à la première visite en 1984, elle fut pour nous tous, anciens séminaristes de Koulikoro, une triste journée. Son adieu définitif. Et lorsqu’on lui posa presqu’ensemble la question s’il reviendra, il nous a répondu que cela était entre les mains du Seigneur. La gorge nouée des uns, les yeux en larmes de certains, nous avions tous réalisé à cet instant que c’était pour nous, presque tous, la dernière fois que nous voyons celui qui nous a fait grandir et donner un sens à notre vie, à un moment crucial dans la vie d’un adolescent : ses contractions avec lui-même, la découverte de lui-même et l’identification à soi et à l’autre à comprendre, à s’orienter…

La rencontre avec l’Abbé Dunate, c’est cette rencontre avec un Prêtre et un Père qui ressemblait à nos pères biologiques respectifs vivant au village, mécanicien, éleveur, agriculteur enseignant, menuisier, chauffeur comme le dit l’Archevêque de Bamako…Je dirais au-delà, un ouvrier de Dieu et qui avait foi en Dieu et qui ne cessa d’inviter à avoir foi en Dieu.

Cher Père, Tu as consacré une partie de Ta vie á nous, à moi, nous, je ne l’oublierai jamais. Je retiens particulièrement de Toi la sagesse et l’humilité, l’honnêteté et la franchise, le courage et le travail bien accompli. Sois sûr mon Père, la plus grande majorité des adolescents passés entre tes mains, prêtres ou pas, T’honorera par leur comportement de chaque jour. Nous serons des témoins de Ton idéal de vie. Tu t’en es allé pour rester définitivement parmi nous, parce que la mort n’a pas de pouvoir sur Toi, parce le Bon Dieu vient d’ouvrir une porte que la mort a fermée. Et nous nous réjouisserons tous de Te rencontrer de nouveau devant cette porte le jour où le Seigneur nous rappellera à lui.

Et comme Tu l’as souvent chanté avec nous pendant la Pentecôte, «… ce jour viendra ou dans notre propre chair, nous verrons Dieu notre Rédempteur. Et de nos yeux, nous le contemplerons ensemble… »

Merci mon Père

Eloi Traoré

Gießen Allemagne

Témoignage d'Eloi Traoré - ancien élève de Koulikoro

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