Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
ABBE DUNATE

Etre Croyant : Croire qu’on est aimé

11 Avril 2016 , Rédigé par ABBE DUNATE

 

A l’approche du printemps et de l’été, c’est pour nous, prêtres, l’occasion de rencontrer plusieurs couples. Ils viennent pour se préparer à vivre le Sacrement du mariage. Ces fiancés qui viennent me voir sont plus souvent, plus familiers des discothèques que des églises. Ils m'affirment en chœur qu'ils s'aiment; en raison de quoi ils me demandent – c’est selon – une messe ou une bénédiction de  leur amour. Car à leurs yeux, si la mairie n’est qu'une formalité, l’Eglise, c’est plus sérieux et… c’est la suite logique de leur baptême… disent-ils. Pour moi qui me voudrais éducateur de la foi - et non un «fonctionnaire de Dieu» c'est une occasion de clarifier leur démarche, rappeler leur catéchisme d’antan et de désensabler en eux des sources taries.

 

Je leur explique que l'Eglise ne bénit pas un amour spontané, mais bien plutôt un amour transformé par Dieu. Car l'amour peut être tout aussi bien une occasion d'enfermement égoïste à deux qu'une voie d'accès à Dieu. « Dieu ? »

 

Oui, et Dieu dans tout ça ? «On n’est pas pratiquant, mais on croit ! Phrase de plus en plus classique et journalière… Mais, qui est Dieu pour eux ? «Je crois qu'il y a quelque chose au-dessus de moi», me dit un fiancé… et voyant ma moue, il ajoute : «Quelque chose ou quelqu'un. Il a bien fallu quelqu'un pour faire exister tout ce qui existe. !» Je pense à Voltaire avec son dieu-horloger qui fait tourner les rouages du cosmos ou encore au dieu-être suprême à qui Robespierre vouait un culte.

 

Que nous voilà loin du Dieu de Jésus-Christ, pourtant enseigné au KT ! Ce Dieu froid et abstrait que la raison tire de son propre fonds n'est pas celui des chrétiens. Il lui manque un visage, celui de Jésus. Il lui manque une présence, celle de son Esprit qui habite en nous plutôt que d'entendre : « Il y a quelque chose au-dessus de nous » je préfère entendre : «II y a quelque chose en nous qui vient d'au-delà de nous, un Amour plus grand que le nôtre et qui nous transporte au-delà de nous... »

 

Mais, bien souvent,  je reste sur ma faim…. Je reste perplexe… comment rehausser le débat sur l’amour qu’ils vivent déjà ? Comment leur faire comprendre la place de Dieu au sein de leur amour ? En effet, si leur amour se suffit à lui-même, quel besoin ont-ils de «passer par l'Eglise»? Comment, dès lors, leur fidélité serait-elle autre chose qu'un contrat mutuel qui les lie l'un à l'autre sans autre appui qu'une parole humaine...? Alors, il m’arrive parfois de douter de ma pédagogie : ais-je bien, dans mon dialogue, emprunté le bon chemin ? Quelle brise faire souffler pour aérer leur étouffant face à-face ? Quelle brèche entrouvrir qui livrerait passage à Quelqu'un d'autre ?

 

Mais il arrive aussi, parfois, qu’on me tende la perche en relatant les débuts de leur amour. «Ce soir-là, invité par hasard, lui (elle) ne devait pas se trouver là... Aujourd'hui, en y pensant après coup, on y voit plus que le jeu du hasard et des affinités. On y lit en filigrane une présence mystérieuse sans être pour autant illusoire qu’on ne saurait nommer et qui a présidé à notre rencontre. Par la suite, nos rapports ont bien évolué. Nous sommes passés du "je t'aime narcissique et possessif, à un "je t'aime prêt à se sacrifier pour que l'autre soit heureux.

 

 Je crois que cette série de dépassements n'a rien d'un amour spontané. Ne serait-elle pas plutôt l'indice d'un amour transfiguré par celui qui a dit : "II n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie..."- Je réalise maintenant le lien étroit qu'il y a entre l'amour humain et l'amour de Dieu pour nous il n'y a pas deux amours mais un seul, porté à deux battants qu'on ne peut qu'ouvrir et fermer ensemble... »

 

J'avais mis du temps à comprendre que l'Esprit Saint m'avait précédé dans le cœur de ces jeunes, mais autrement que je ne le pensais. Décidément,...l'amour n'a jamais fini de nous surprendre, ne serait-ce que par son origine. « Ce n'est pas nous qui avons aimé les premiers. » «Au fond, me dit une fiancée : Etre croyant, c'est croire qu'on est aimé ! »

 

Eh bien, puissent tous nos couples, d’hier, d’aujourd’hui, de demain laisser une place à Celui qui connaît parfaitement le jeu de l’Amour… puisqu’il a donné sa vie par amour pour chacun de nous. Puisse-t-il les aider à avancer contre vents et marées, dans la fidélité, le respect l’un de l’autre. C’est notre vœu, notre prière.

Abbé Dunate

Etre Croyant : Croire qu’on est aimé

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article